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Nourrir les oiseaux du jardin sans leur nuire

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Nourrir les oiseaux du jardin part d’une bonne intention, mais mal fait, ce geste peut nuire plus qu’il n’aide : mauvais aliments, mangeoire sale, nourrissage toute l’année. Quelques règles simples, appuyées sur ce que recommandent les associations de protection des oiseaux, suffisent à transformer ce geste en soutien réel plutôt qu’en risque.

La bonne période, et pourquoi elle est limitée

Le nourrissage des oiseaux du jardin se justifie surtout pendant la période froide, quand les ressources naturelles se raréfient, généralement de novembre à mars sous climat tempéré. En dehors de cette période, et en particulier au printemps et en été, le nourrissage artificiel n’est pas seulement inutile : il peut devenir contre-productif. Les oisillons ont besoin d’un régime riche en insectes et en larves pour se développer correctement ; des graines données en abondance aux adultes peuvent les détourner de la recherche de cette nourriture naturelle indispensable à leurs petits. Arrêter progressivement le nourrissage dès le retour des beaux jours, plutôt que de le maintenir toute l’année, respecte le rythme naturel des oiseaux.

Les aliments à proscrire absolument

Certains aliments couramment donnés par réflexe sont en réalité dangereux ou inadaptés pour les oiseaux du jardin.

  • Le pain, y compris rassis ou trempé, n’apporte quasiment aucune valeur nutritive et peut gonfler dans le jabot de l’oiseau ; donné en excès, il remplace une alimentation plus adaptée sans la valoir.
  • Le lait, sous quelque forme que ce soit, est mal toléré par le système digestif des oiseaux, qui ne sont pas équipés pour le digérer correctement.
  • Les graines salées, comme les cacahuètes apéritives ou les graines de tournesol salées destinées à la consommation humaine, exposent les oiseaux à des quantités de sel disproportionnées pour leur petite masse corporelle.
  • Les restes de plats cuisinés, souvent trop gras, épicés ou salés, ne correspondent à aucun besoin naturel des espèces communes du jardin.

Un mélange de graines non salées adapté aux oiseaux du jardin, des boules de graisse sans filet en plastique, ou des fruits frais coupés en morceaux pour les merles et les grives constituent des apports beaucoup plus adaptés et sans risque.

L’hygiène des mangeoires, un point souvent négligé

Une mangeoire jamais nettoyée devient rapidement un foyer de transmission de maladies entre oiseaux, qui s’y rassemblent en nombre et partagent le même point de contact. Les fientes accumulées et les graines humides moisies favorisent le développement de champignons et de bactéries responsables de plusieurs maladies aviaires documentées, capables de décimer une population locale en quelques semaines dans les cas les plus graves.

Un nettoyage régulier, environ une fois par semaine en période de nourrissage actif, avec un rinçage à l’eau chaude et un séchage complet avant de remettre des graines, réduit fortement ce risque. Il est également recommandé de déplacer la mangeoire de temps en temps dans le jardin, pour éviter l’accumulation de fientes toujours au même endroit au sol, et de ne jamais donner plus de nourriture que ce qui sera consommé en une journée, pour limiter les restes humides qui moisissent.

Le point d’eau, complément essentiel

Une coupelle d’eau peu profonde, changée régulièrement et placée dans un endroit dégagé où les oiseaux voient venir un éventuel prédateur, est utile toute l’année, contrairement au nourrissage en graines qui reste saisonnier. En hiver, l’eau gelée prive les oiseaux d’un accès facile à l’hydratation ; casser la glace matin et soir ou renouveler l’eau régulièrement aide autant que le nourrissage lui-même. En été, ce même point d’eau sert aussi bien à boire qu’à se baigner, un comportement important pour l’entretien du plumage.

Placer la mangeoire au bon endroit

Une mangeoire posée trop près du sol ou d’un buisson dense expose les oiseaux aux prédateurs, chats domestiques compris. La hauteur, à environ un mètre cinquante du sol au minimum, et un dégagement suffisant autour du poste de nourrissage pour repérer un danger à l’approche, réduisent ce risque sans le supprimer totalement. Une distance de quelques mètres par rapport à une baie vitrée limite aussi les collisions, fréquentes lorsque les oiseaux prennent leur envol brusquement depuis une mangeoire trop proche du reflet du vitrage.

Quelles espèces observer, et ce que ça révèle

Mésanges bleues et charbonnières, moineaux domestiques, rouges-gorges, verdiers ou chardonnerets comptent parmi les visiteurs les plus fréquents des mangeoires en jardin sous climat tempéré. Chaque espèce a des préférences alimentaires légèrement différentes : les mésanges apprécient particulièrement les graines de tournesol et les boules de graisse, les chardonnerets sont attirés par les graines de nyger, plus fines. Proposer une petite diversité de graines, plutôt qu’un seul type, permet d’accueillir une palette plus large d’espèces au même endroit.

Observer qui vient à la mangeoire, et en quel nombre d’une année sur l’autre, donne aussi une indication concrète sur l’état de la biodiversité locale. Des programmes de sciences participatives, portés par des associations naturalistes, s’appuient d’ailleurs sur ces observations de jardin pour suivre l’évolution des populations d’oiseaux communs à l’échelle du territoire.

Un geste utile, à condition d’être régulier

Commencer puis interrompre le nourrissage de façon irrégulière en plein hiver peut désavantager des oiseaux devenus dépendants de ce point de ressource pour quelques semaines. Le principe le plus sûr, une fois le nourrissage commencé en saison froide, est de le maintenir jusqu’au redoux plutôt que de l’arrêter brutalement en cours d’hiver.

La LPO publie chaque année des recommandations précises sur les périodes et les bonnes pratiques de nourrissage hivernal, tout comme l’Office français de la biodiversité pour les enjeux plus larges de préservation de l’avifaune commune. Ces gestes complètent bien notre article sur le jardin accueillant pour les auxiliaires, et s’inscrivent dans nos astuces de vie pratique pour un jardin utile à la biodiversité au quotidien.


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