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Le jardin qui pousse pour de vrai, pas sur catalogue

Un jardin accueillant pour les auxiliaires

Avatar de Martin Ferrand

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Un jardin trop propre est souvent un jardin sans auxiliaires. Ces animaux qui régulent naturellement pucerons, limaces et autres ravageurs ont besoin de refuges, de nourriture et de tranquillité pour s’installer durablement. Les attirer coûte peu : il s’agit surtout de renoncer à certains réflexes de nettoyage systématique.

Les coccinelles, syrphes et carabes

La coccinelle adulte comme sa larve, souvent méconnue et parfois éliminée par erreur, consomment chacune plusieurs dizaines de pucerons par jour en période d’activité. Le syrphe, cet insecte volant qui imite l’apparence d’une guêpe, pond ses œufs à proximité des colonies de pucerons dont ses larves se nourrissent ensuite. Le carabe, coléoptère nocturne qui vit au sol, chasse limaces, chenilles et œufs de nombreux ravageurs. Ces trois auxiliaires partagent un point commun : ils ont besoin d’un sol non nu et non travaillé en permanence pour hiverner, se reproduire ou se déplacer à l’abri des prédateurs.

Un paillage permanent, une bande de vivaces non taillée à l’automne, ou simplement une zone du jardin laissée en friche quelques mois suffisent à leur offrir un abri. Les fleurs à corolle ouverte comme la carotte sauvage, l’aneth ou le fenouil laissé en fleur nourrissent les adultes de syrphes en nectar et en pollen.

Le hérisson, allié discret contre les limaces

Le hérisson d’Europe se nourrit principalement d’insectes, de limaces et de vers, et parcourt plusieurs centaines de mètres chaque nuit à la recherche de nourriture. Il a besoin de passages entre les jardins pour circuler : une clôture totalement hermétique jusqu’au sol l’empêche de trouver un territoire suffisant. Un tas de bois, un coin de haie touffue ou un tas de feuilles mortes laissé à l’automne lui offre un site d’hivernage, période durant laquelle il ne doit surtout pas être dérangé.

Avant de brûler un tas de feuilles ou de branchages en fin de saison, il est indispensable de vérifier qu’aucun hérisson ne s’y est installé pour hiverner : le déplacer juste avant, plutôt que de le déranger au moment de l’allumage, évite un accident fréquent et évitable.

Oiseaux et chauves-souris, alliés contre les insectes volants

Mésanges, rouges-gorges et autres passereaux communs consomment une quantité importante de chenilles et d’insectes, en particulier au printemps quand ils nourrissent leurs oisillons. Une haie diversifiée, mêlant plusieurs essences locales plutôt qu’une monoculture de thuyas, leur offre à la fois nourriture, nidification et abri contre les prédateurs. Les chauves-souris, actives la nuit, chassent en grand nombre les insectes volants, moustiques compris ; elles s’installent volontiers à proximité d’un point d’eau et d’arbres matures qui leur servent de gîte.

Ce qui attire les auxiliaires, résumé

  • Une haie composée de plusieurs essences locales plutôt qu’une seule espèce taillée au carré.
  • Un tas de bois ou de pierres laissé dans un coin tranquille du jardin, non dérangé.
  • Un point d’eau peu profond, avec une pente d’accès pour que les petits animaux puissent en sortir facilement.
  • Des zones de sol non nu : paillage, vivaces, prairie fleurie non tondue sur une partie du terrain.
  • Des fleurs à floraison échelonnée sur la saison, pour offrir nectar et pollen en continu aux insectes auxiliaires.

Ce qui les fait fuir

Un sol travaillé et nu en permanence, une tonte rase et fréquente de l’ensemble du terrain, une haie unique taillée au carré sans aucune floraison, et l’usage de produits destinés à éliminer les ravageurs éliminent en réalité leurs prédateurs naturels en même temps. La vente de produits phytosanitaires aux particuliers est aujourd’hui très encadrée en France ; miser sur les méthodes culturales et sur les auxiliaires eux-mêmes reste, pour un jardin ordinaire, l’approche la plus cohérente sur la durée. Un jardin qui accueille des auxiliaires n’élimine jamais totalement les ravageurs : il maintient un équilibre, ce qui demande d’accepter un peu d’imperfection.

Le point d’eau, un aménagement simple et efficace

Une simple coupelle large et peu profonde, posée au sol dans un coin abrité, suffit à attirer une grande diversité d’espèces : insectes qui viennent y boire, oiseaux qui s’y baignent, hérissons qui s’y désaltèrent la nuit. L’essentiel est d’y ajouter quelques pierres ou une pente d’accès douce, pour qu’un petit animal tombé dedans puisse en ressortir sans se noyer. Un bassin plus ambitieux, avec une zone de berge peu profonde plantée de végétaux aquatiques locaux, accueille en plus des amphibiens comme les grenouilles ou les tritons, eux-mêmes prédateurs de limaces et de nombreux insectes.

Ce point d’eau demande un entretien minimal mais réel : le renouveler régulièrement en été pour éviter la stagnation et la prolifération de moustiques, et vérifier qu’il ne gèle pas complètement en hiver, période où il reste une ressource rare pour la faune locale.

Une patience nécessaire

Un jardin fraîchement aménagé pour accueillir la faune auxiliaire ne se peuple pas en une saison. Les populations de carabes ou de hérissons mettent souvent plusieurs années à s’installer durablement, le temps que les haies poussent et que les refuges deviennent des habitats stables. C’est un investissement qui se juge sur plusieurs saisons, pas sur un printemps.

Il est aussi normal que certains auxiliaires n’apparaissent qu’après que d’autres se soient déjà installés : les carabes et les hérissons, prédateurs plus exigeants, s’établissent souvent après que les insectes plus petits dont ils se nourrissent aient eux-mêmes trouvé refuge. Un jardin qui semblait vide d’auxiliaires la première année peut ainsi révéler une faune bien plus riche trois ou quatre saisons plus tard, sans qu’aucun geste supplémentaire n’ait été nécessaire entre-temps, si les refuges installés au départ n’ont pas été dérangés.

L’Office français de la biodiversité et la LPO publient des ressources détaillées sur l’aménagement de jardins favorables à la faune sauvage. Ces principes rejoignent directement ce que nous appliquons en jardin et potager, où les auxiliaires remplacent avantageusement les traitements, et se prolongent dans nos conseils maison et extérieur pour aménager un point d’eau ou une haie.


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